Momijigari : au Japon, on part en promenade pour les feuilles rouges
Au printemps, on regarde les cerisiers ; à l'automne, on part à la « chasse » aux feuilles rouges. Le momijigari est une promenade sans autre but que de regarder les érables changer de couleur, et l'habitude a plus de mille ans.
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Le mot fait sourire : momijigari signifie littéralement « chasse aux érables ». Personne ne chasse rien, bien sûr. On marche, on lève la tête, on s'arrête devant un arbre plus rouge que les autres. Dans les temples de Kyoto comme dans les parcs de Tokyo, cette promenade d'automne attire autant de monde que la floraison des cerisiers au printemps.
Une habitude de cour devenue populaire
À l'époque de Heian, entre le IXe et le XIIe siècle, les aristocrates organisaient déjà des sorties pour admirer les feuillages, avec poèmes et musique. Le Dit du Genji, roman écrit au début du XIe siècle, consacre même un chapitre à une fête donnée sous les érables. À l'époque d'Edo, la promenade devient l'affaire de tous : les citadins se rendent en famille dans les jardins et les sanctuaires réputés pour leurs arbres.
On y pique-nique, on boit un peu de saké sous les branches, on compose de courts poèmes sur la couleur des feuilles. Les guides des lieux célèbres, très lus à l'époque, indiquent où aller voir les plus beaux érables, et les marchands de thé s'installent au bord des chemins.

Hiroshige a représenté plusieurs de ces lieux. Sur cette estampe de 1857, conservée au Metropolitan Museum de New York, deux personnes contemplent depuis un pavillon un étang entouré d'érables rouges. Pas de foule, pas d'action : seulement le regard, et la couleur.
Le front des feuilles rouges
Au Japon, on suit l'avancée des couleurs comme une météo. Le kōyō, le rougeoiement des feuillages, descend chaque automne du nord vers le sud et des montagnes vers les plaines, à l'inverse de la floraison des cerisiers qui remonte du sud au printemps. Dans les montagnes de Hokkaidō, les érables rougissent dès la fin septembre ; à Kyoto, il faut souvent attendre la fin novembre. La page de Wikipédia consacrée au momijigari retrace ces habitudes.

Le calendrier ancien a d'ailleurs prévu ce moment : vers le 2 novembre commence la micro-saison des érables et du lierre qui jaunissent.
Faire son momijigari ici
Inutile d'aller au Japon. Un parc, un jardin botanique, une forêt de hêtres ou un alignement d'érables au bord d'une rue font l'affaire. Quelques idées empruntées aux promeneurs japonais :
- partir en fin de matinée, quand la lumière traverse les feuilles par l'arrière ;
- marcher lentement, s'arrêter souvent, regarder un seul arbre longtemps ;
- ramasser une ou deux feuilles et les glisser dans un livre, pour les retrouver en hiver ;
- emporter un thé chaud dans une gourde et le boire sur un banc.
Les Japonais aiment aussi les promenades en sous-bois au printemps et en été ; nous en parlons dans un article sur l'art de marcher en forêt à la japonaise. En attendant, regardez par la fenêtre : quelque part près de chez vous, un arbre a déjà commencé à rougir.


