Les 72 micro-saisons du calendrier japonais, cinq jours à la fois
Quatre saisons, c'est un peu court pour dire tout ce qui change dehors. L'ancien calendrier japonais en comptait soixante-douze, de cinq jours chacune, avec pour chacune une image : un oiseau qui passe, une fleur qui s'ouvre, une première gelée.
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Mi-octobre, une fin d'après-midi. On lève les yeux au passage d'un vol d'oiseaux en V, on remarque des chrysanthèmes devant une porte, et le soir, un grillon chante encore dans le jardin. Trois petites choses que l'on remarque à peine. Le vieux calendrier japonais, lui, en fait des saisons à part entière.
Vingt-quatre périodes, puis soixante-douze
L'année y est d'abord partagée en vingt-quatre périodes d'environ quinze jours, héritées de la Chine, les sekki. Leurs noms décrivent le temps qu'il fait : le début du printemps, l'éveil des insectes, la rosée froide, la descente du givre. Chacune est ensuite divisée en trois, ce qui donne soixante-douze micro-saisons, les kō, d'environ cinq jours.
Au départ, ces petites saisons décrivaient la nature chinoise. Au Japon, elles ont été réécrites pour coller aux paysages de l'archipel, notamment par l'astronome Shibukawa Harumi, auteur en 1685 du premier calendrier calculé par un Japonais, comme le rappelle la Bibliothèque nationale de la Diète. Le Japon a adopté le calendrier grégorien en 1873, mais ces noms de saisons sont restés dans les almanachs, les poèmes et les cartes de vœux.

Dans les estampes comme dans les poèmes, les oies sauvages et la pleine lune vont souvent ensemble : ce sont deux images de l'automne que tout le monde reconnaît au Japon.
Ce qui se passe en ce moment
Nous sommes dans la période de kanro, la « rosée froide », qui commence vers le 8 octobre. Ses trois micro-saisons racontent l'automne qui s'installe, et la suivante, sōkō, la « descente du givre », prend le relais vers le 23 octobre.
| N° | Nom japonais | Ce qu'il annonce | Vers le |
|---|---|---|---|
| 49 | Kōgan kitaru | Les oies sauvages reviennent | 8 octobre |
| 50 | Kiku no hana hiraku | Les chrysanthèmes s'ouvrent | 13 octobre |
| 51 | Kirigirisu to ni ari | Les grillons chantent près de la porte | 18 octobre |
| 52 | Shimo hajimete furu | Les premières gelées blanches | 23 octobre |
| 53 | Kosame tokidoki furu | De petites pluies, de temps en temps | 28 octobre |
| 54 | Momiji tsuta kibamu | Les érables et le lierre jaunissent | 2 novembre |
Les dates varient d'un jour selon les années. Noms d'après le calendrier japonais révisé de 1874, toujours repris dans les almanachs.
L'estampe de Hiroshige ci-dessus pourrait illustrer la première ligne : les oies sauvages qui arrivent du nord pour passer l'hiver. Celle de Hokusai, plus bas, la deuxième.
Une petite image par semaine
Le charme de ce calendrier tient à sa modestie. Il ne parle pas de grands événements, mais de ce que l'on peut voir en ouvrant sa fenêtre : la première rosée blanche, les hirondelles qui partent, le riz qui mûrit, la pluie fine. Le suivre, c'est s'obliger à regarder dehors un peu plus souvent.

On peut en faire un jeu simple. Chaque lundi, notez sur un carnet ce que vous remarquez autour de chez vous : un arbre qui jaunit, la mer plus grise, les premières châtaignes. Au bout d'une année, vous aurez écrit votre propre calendrier, avec vos soixante-douze saisons à vous. Sur une côte bretonne, ce ne seront pas les mêmes qu'à Kyoto, et c'est tant mieux.
Accorder ses gestes au calendrier
En Chine, certains manuels anciens de daoyin associaient déjà un exercice à chacune des vingt-quatre périodes de l'année. Sans aller jusque-là, on peut changer un peu ses habitudes avec les micro-saisons : à la rosée froide, on garde ses chaussettes pour les gestes d'automassage du réveil, et on avance d'un quart d'heure le rituel de détente du soir, parce que la nuit tombe plus tôt.
Fin octobre, la saison s'appellera momiji tsuta kibamu : les érables et le lierre jaunissent. C'est le moment que les Japonais choisissent pour aller admirer les feuilles rouges en promenade. D'ici là, guettez les grillons.


