Le shiatsu, histoire d'un mot et d'un geste japonais
Shi, le doigt ; atsu, la pression. Derrière ce mot simple, il y a des siècles de massage japonais, des auberges de la route du Tōkaidō aux livres illustrés, jusqu'à une pratique qui garde ses vêtements et prend son temps.
· 3 min de lecture

Regardez l'estampe ci-dessus. Dans une auberge du Tōkaidō, la grande route qui reliait Edo, l'actuelle Tokyo, à Kyoto, un voyageur se repose après l'étape. Une servante apporte le repas. Et au fond, un homme âgé, canne en main, arrive pour masser le client. Hiroshige grave cette scène en 1834 (un retirage est conservé à la Wellcome Collection) : le massage du soir fait alors partie du voyage, comme le bain et le thé.
L'anma, le massage des auberges
Ce masseur pratique l'anma, un massage arrivé de Chine avec la médecine savante, il y a plus de mille ans. Au Japon, il devient peu à peu un art populaire. À l'époque d'Edo (1603-1868), le métier est en grande partie exercé par des personnes aveugles, qui y trouvent une profession reconnue : on les entend la nuit, dans les rues, signaler leur passage par un petit sifflet.

Les gestes de l'anma se transmettent de maître à élève et dans de petits manuels illustrés. On y frotte, on pétrit, on presse, on fait rouler les membres. Le but est simple : délasser un corps fatigué par la marche ou par le travail.
Un mot neuf pour un geste ancien
Le mot shiatsu apparaît au début du XXe siècle. Il met l'accent sur un geste précis de cet héritage : la pression, appuyée et immobile, des pouces, des doigts et des paumes. Moins de frottements, davantage de lenteur.
Au milieu du siècle, le Japon encadre ces métiers : il existe depuis lors, là-bas, un diplôme d'État commun à l'anma, au massage et au shiatsu. La pratique voyage ensuite en Europe et aux États-Unis à partir des années 1970, souvent avec le Do-In, son cousin en automassage du matin.
Ce que l'on voit lors d'un shiatsu
La personne reste habillée, de vêtements souples en coton, allongée sur un futon posé au sol ou parfois assise. Il n'y a ni huile ni crème. La personne qui donne le shiatsu utilise le poids de son corps plutôt que la force de ses bras : elle se penche, appuie, attend, puis relâche.

La tradition japonaise décrit des lignes, les méridiens, le long desquelles les pressions s'enchaînent. C'est un héritage de la pensée médicale chinoise ancienne, qu'il faut lire comme une tradition et une carte des gestes, non comme une description scientifique du corps. Le shiatsu ne remplace pas l'avis d'un médecin.
Le décor compte aussi : un futon ferme, une pièce calme, souvent à même le tatami. Nous racontons ailleurs l'histoire du futon et des nattes de paille de riz, qui ont façonné cette manière de toucher près du sol.
Ce qu'il en reste chez soi
Sans être spécialiste, chacun peut emprunter au shiatsu sa lenteur : poser les mains, attendre trois respirations, relâcher. C'est d'ailleurs l'esprit des gestes simples que nous proposons pour la fin de journée, à la lumière d'une lampe.
Au musée, les estampes d'Edo montrent souvent ces masseurs à la canne, au détour d'une rue ou d'une auberge. La prochaine fois que vous en croiserez une, cherchez-le : il est rarement au premier plan, mais il est souvent là.


